La loi de finances 2026 marque un tournant décisif pour le Niger, en intégrant pour la première fois les WAQF, ces fondations pieuses musulmanes, dans le code des impôts. Ces entités, longtemps laissées en dehors du cadre juridique classique, sont désormais reconnues, encadrées et, pour certaines, exonérées d’impôts.
Le waqf, fondement de la finance sociale islamique, consiste en l’immobilisation volontaire d’un bien au service d’intérêts généraux. Fortement ancré dans la tradition religieuse et sociale, il émerge maintenant comme un potentiel levier pour le développement socio-économique du pays. À partir de 2026, en plus des WAQF, les trusts étrangers domiciliés au Niger et certaines constructions juridiques complexes bénéficieront d’avantages fiscaux précisés dans la loi de finances.
Les articles 6, 90, 178, 257, 279 et 1041 introduisent des exonérations fiscales considérables, notamment sur l’impôt sur les sociétés, la TVA, la taxe immobilière et les taxes professionnelles, pour les WAQF publics et ceux reconnus d’utilité publique. Cette initiative permet leur intégration officielle dans le cadre fiscal national.
En contrepartie, les WAQF devront se conformer à des obligations d’inscription auprès de la Haute Autorité du WAQF et à des exigences comptables strictes, comme l’indique l’article 799. Ce dernier exige que toute entreprise opérant au Niger tienne une comptabilité transparente, avec des précisions pour celles gérées par des non-résidents. L’État envisage donc un échange : des avantages fiscaux contre une transparence accrue.
Cependant, l’instauration de normes comptables strictes peut susciter des réserves, notamment auprès de structures ancrées dans des traditions basées sur la confiance religieuse. Le Niger pourrait-il risquer de dissuader certains investissements internationaux, séduits par la discrétion légendaire de ces modèles d’affaires ? Cette question reste ouverte, et le chemin vers une fiscalité équilibrée et inclusive semble semé d’embûches.
